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FRANCE GALL

FRANCE GALL
Born Date
9 octobre 1947
Genres
Pop

FRANCE GALL  

France Gall, nom de scène d’Isabelle Gall, née le  dans le 12e arrondissement de Paris et morte le  à Neuilly-sur-Seine, est une chanteuse française.

Elle commence, enfant, à chanter et faire de la musique avec ses frères avant d’enregistrer son premier disque. Elle est le symbole d’une jeunesse gentiment irrévérencieuse avec des tubes tels que Sacré Charlemagne, repris par les chorales et les écoles. Sa popularité dépasse les frontières à partir de 1965, date à laquelle elle remporte le premier prix au Concours Eurovision de la chanson avec le titre Poupée de cire, poupée de son, composée par Serge Gainsbourg. Cette chanson est traduite dans de nombreuses langues et France Gall devient célèbre en Europe, en particulier en Italie, et surtout en Allemagne, où elle est très populaire au début des années 1970.

Par la suite, sa popularité s’estompe en France jusqu’à sa rencontre avec l’auteur-compositeur Michel Berger, qu’elle épouse en 1976. Elle retrouve un important succès populaire à ses côtés, avec une série de tubes de 1974 jusqu’au début des années 1990 : elle interprète ainsi des chansons composées par celui-ci, comme La Déclaration d’amourSi, maman siIl jouait du piano deboutRésisteDébrancheDiego libre dans sa têteBabacarElla, elle l’a ou Évidemment.

Outre ses chansons, ce couple d’artistes lance l’opéra-rock Starmania et s’engage au Mali contre la famine et la sécheresse, notamment avec l’ONG Action Écoles. France Gall et Michel Berger viennent de co-écrire un nouvel album lorsque ce dernier meurt brutalement, en 1992. Après le décès de leur fille Pauline le 15 décembre 1997, elle quitte la scène. En hommage à Michel Berger, elle crée et veille aux représentations de la comédie musicale Résiste en 2015.

Biographie

Enfance et famille

France Gall descend d’un seigneur de Tanlay, lié à la branche des Hohenstauffen et aux Capétiens du côté maternel, et de cordonniers alsaciens du côté paternel, de Rosheim.

Le père d’Isabelle Gall, Robert Gall (1918-1990), ancien élève du conservatoire, est un chanteur et auteur, entre autres, des Amants merveilleux pour Édith Piaf (1960) et de La Mamma pour Charles Aznavour (1963). Sa mère, Cécile Berthier, est la fille de Paul Berthier(1884-1953), cofondateur de la Manécanterie des Petits Chanteurs à la croix de bois. Elle est la nièce de Jacques Berthier (1923-1994), compositeur et organiste, cousine du guitariste Denys Lable, de Vincent Berthier de Lioncourt (fils de Jacques), fondateur, en 1987, du Centre de musique baroque de Versailles (CMBV)3 et de François Brochet, sculpteur.

Elle voit défiler chez ses parents de nombreux artistes comme Hugues Aufray, Marie Laforêt ou Claude Nougaro. Enfant, elle accompagne quelquefois son père dans les coulisses de l’Olympia. Il lui fait même manquer l’école pour l’emmener voir Piaf, Bécaud ou Aznavour en concert à Bruxelles. Elle commence le piano à cinq ans, puis la guitare vers onze ans. À treize-quatorze ans, elle fait de la musique avec ses deux frères, les jumeaux Patrice et Philippe : ils ont fondé un petit orchestre et jouent l’été sur les plages et l’hiver à Paris. La petite Isabelle est surnommée « Babou » par sa famille, surnom qu’elle portera jusqu’à sa mort. Son père, devant son caractère affirmé, lui octroie le titre de « petit caporal ». Ses violons d’Ingres sont la peinture et les jeux de société.

Carrière artistique

Débuts

Isabelle Gall donne son premier concert privé à Auxerre dans l’atelier de Noël Brochet, un cousin éloigné sculpteur.

Pendant les vacances de Pâques 1963, son père l’incite à enregistrer quelques chansons et remet les bandes à un éditeur musical, Denis Bourgeois. Le 11 juillet suivant, Denis Bourgeois lui fait passer une audition au théâtre des Champs-Élysées, où elle interprète cinq chansons,. Du fait qu’elle est encore mineure (majorité à 21 ans à l’époque), c’est son père qui signe pour elle le contrat chez Philips où Denis Bourgeois est déjà directeur artistique de Serge Gainsbourg. Elle enregistre quatre titres avec l’arrangeur Alain Goraguer, jazzman et compositeur, qui a notamment travaillé avec Gainsbourg et Boris Vian.

Pour ne pas interférer avec Isabelle Aubret, alors grande vedette de la même maison de disques Philips, sa direction artistique impose une contrainte à Isabelle Gall : Denis Bourgeois lui demande de changer de prénom. Elle devient « France Gall » à la scène. Ce prénom aurait été choisi par son père ou par Denis Bourgeois, tous deux grands amateurs de rugby, pour faire un jeu de mot avec le match France-Galles de rugby, médiatisé lors de l’enregistrement de ses chansons7. Sur ce prénom France, la chanteuse commentera simplement plus tard :

« J’ai toujours été contre « France », je trouvais que c’était trop dur. « Isabelle », ça me correspondait, ça me plaisait. Je ne sais pas ce qui s’est passé pour que je me mette à aimer mon nom. Et maintenant c’est « France Gall ». C’est exactement moi. »

Le jour de ses seize ans, le , ses chansons sont diffusées pour la première fois à la radio. C’est le titre phare, Ne sois pas si bête, qui obtient le succès. France Gall se place à la 44e place du hit-parade de Salut les copains du mois de novembre (derrière Tu n’y crois pas de Michel Berger et devant La Mamma de Charles Aznavour). Denis Bourgeois a alors une idée qui va s’avérer fructueuse. La carrière de son poulain Serge Gainsbourg piétine malgré plusieurs albums à son actif, ainsi que des compositions estimées pour des chanteurs rive gauche, comme Michèle Arnaud ou Juliette Gréco. Il propose à Gainsbourg d’écrire pour France Gall. Le compositeur signe N’écoute pas les idoles sur le deuxième 45 tours de la chanteuse, titre qui se place en tête du hit-parade du mois de mars 1964. À propos de Serge Gainsbourg, France Gall confie :

« C’est quelqu’un que j’avais du plaisir à voir parce que je l’admirais et j’aimais ce qu’il écrivait. Et j’aimais bien sa timidité, son élégance et son éducation. C’était très agréable comme relation. […] J’étais très impressionnée que cet homme travaille pour moi et s’intéresse à moi… »

Avec le succès, elle quitte le lycée Paul-Valéry, où elle redoublait sa troisième5Paris Match du  lui consacre un article pour la première fois5. Elle fait ses premiers pas sur scène le , en première partie de Sacha Distel, à l’Ancienne Belgique de Bruxelles. Elle hérite de l’impresario de ce dernier, Maurice Tézé, qui est également parolier. Sous la direction de cette équipe composée de vétérans du métier, France Gall a des difficultés à défendre le choix de son répertoire (la seule chanson qu’elle a coécrite, avec son père, est Pense à moi, sur une musique jazzy de Jacques Datin, un des quatre titres de son premier 45 tours).

Néanmoins, cette équipe lui permet de créer un répertoire original, alors que la plupart de ses collègues yéyés recourent systématiquement à des adaptations de succès anglo-saxons. Formée à cette école, elle confie plus tard :

« Une interprète, déjà qu’elle n’écrit pas les paroles et la musique, si en plus elle pique les chansons des autres, si elle ne crée pas la chanson, cela n’a pas un grand intérêt. »

Outre son père et son frère Patrice, elle doit ses succès des années 1960 à la plume de grands auteurs et compositeurs français, dont beaucoup d’œuvres s’inscrivent au patrimoine de la chanson populaire : Gérard Bourgeois, Jean-Pierre Bourtayre, Vline Buggy, Pierre Cour, Joe Dassin, Jacques Datin, Pierre Delanoë, Jean Dréjac, Alain Goraguer, Hubert Giraud, Georges Liferman, Guy Magenta, Eddy Marnay, André Popp, Jean-Michel Rivat, Jean-Max Rivière, Gilles Thibaut, Frank Thomas, Maurice Vidalin et Jean Wiéner. S’ils donnent à cette femme-enfant de la chanson francophone les textes souvent stéréotypés d’une adolescente vue par des adultes, c’est Serge Gainsbourg qui apporte la note insolite en la promouvant « Lolita française » puisqu’elle en a toutes les caractéristiques : jeune, belle, ingénue au visage d’ange. De plus, les orchestrations hautement élaborées du jazzman Alain Goraguer harmonisent et unifient le style de cette jeune chanteuse qui navigue entre jazz, chansons enfantines et équivoques. À la scène, elle est successivement accompagnée par les groupes « Patrick Samson et les Phéniciens » puis par « Les Français ».

Cette période voit sortir Jazz à gogo (paroles de Robert Gall et musique de Goraguer), ainsi que Mes premières vraies vacances, œuvre du tandem Datin-Vidalin. L’association Gainsbourg-Gall se démarque durant l’été 1964 avec le tube Laisse tomber les filles, renforcé par Christiansen des duettistes Datin-Vidalin. Entretemps, Gainsbourg a capté son rire pour le coller sur Pauvre Lola, l’une des chansons de son album Gainsbourg Percussions, qui paraît la même année. Fin 1964, France Gall se plie aux demandes de ses managers en enregistrant un 45 tours destiné aux enfants. Son père lui écrit, sur une musique du compositeur Georges Liferman, un titre qu’elle enregistre à regret, Sacré Charlemagne :

« Sacré Charlemagne, j’en étais malade, je me souviens, je n’aimais pas du tout ça. Je ne l’aimais pas et pourtant je l’ai laissé sortir. C’est vous dire à quel point je ne maîtrisais pas la situation. »

Sacré Charlemagne connaît un grand succès en France, où il se classe no 2 des ventes, mais aussi en Espagne (no 20) et en Turquie (no 5)13. Cette chanson devient même l’hymne du mouvement de la jeunesse algérienne et donne, quelques décennies plus tard et à la demande des élèves du pôle scolaire d’Auvillers-les-Forges (Ardennes), le nom de « Rue du Sacré-Charlemagne» à celle qui passe devant leur école.

Eurovision et premiers succès

France Gall a

À l’automne 1964, France Gall apparaît sur la couverture du magazine Mademoiselle âge tendre et tape dans l’œil de Serge Gainsbourg, qui en achète un exemplaire. Rentré chez lui, il commence à composer la chanson qui deviendra Poupée de cire, poupée de son. Il s’inspire pour les paroles de sa chanson des réponses de la jeune femme dans l’interview du magazine. France Gall est ensuite sélectionnée pour représenter le Luxembourg au 10e Concours Eurovision de la chanson qui a lieu en mars 1965. Elle est choisie par le biais de la station de radio RTL qui soutient le Luxembourg au concours et sélectionne des artistes pas forcément originaires du pays comme la chanteuse grecque Nana Mouskouri en 1963 ou l’auteur-compositeur-interprète français Hugues Aufray en 1964. France Gall a gain de cause en choisissant Poupée de cire, poupée de son sur les dix chansons qui lui sont proposées.

Le , l’équipe des « 3 G », Gainsbourg-Gall-Goraguer, est à Naples, à la Sala di Concerto della RAI (la salle de concerts des studios napolitains de la télévision italienne) où se tient le Grand Prix Eurovision de la chanson. Alors âgée de 17 ans, France Gall est la plus jeune concurrente de cette édition. Les répétitions sont interrompues par des incidents entre l’orchestre italien et la délégation luxembourgeoise. Les musiciens n’apprécient guère l’attitude à leur égard de l’auteur-compositeur de la chanson. Certains comparent sa partition au bruit d’une cavalcade et d’autres huent la chanteuse. Gainsbourg, furieux, claque la porte des répétitions et menace de retirer sa chanson du concours.

Un compromis finit par être trouvé, mais persiste une certaine tension qui se reflète dans l’attitude et la prestation de France Gall, déstabilisée par l’incident16,15. En 2015, elle indiquera : « J’y suis allée, dans ma tête, tellement perdante ». Passant en quinzième position sur les dix-huit participants et sous la direction d’Alain Goraguer, elle chante en effet d’une voix mal assurée devant plus de 150 millions de téléspectateurs.

La singularité de la chanson étonne. Elle sera en tête du vote final (jurys nationaux uniquement lors de cette édition) du début jusqu’à la fin et finit par remporter le Grand Prix. La chanson obtient quatre fois la note maximale, mais huit pays, dont la France, ne lui attribuent aucun point. France Gall apporte ainsi la deuxième victoire au Luxembourg, quatre ans après le chanteur français Jean-Claude Pascal et son titre Nous les amoureux. Gainsbourg et France Gall reçoivent chacun la médaille du Grand Prix des mains de Mario Del Monaco. Pour la première fois dans l’histoire du concours, la chanson gagnante n’est pas une ballade. Elle rechante alors le titre à la toute fin de la soirée.

Le succès de Poupée de cire, poupée de son dépasse les frontières européennes et France Gall l’enregistre en trois langues : allemand, italien et japonais. La chanson atteint le top 10 de plusieurs pays : France, Allemagne, Espagne, Norvège, Danemark, Japon, Turquie, Argentine, Chili, Singapour, Autriche, Pays-Bas, Finlande, Suède…. Elle est l’une des premières chansons de l’histoire du concours à rencontrer un tel succès. Le public français s’émeut et reproche à Gall et à Gainsbourg d’avoir gagné pour le Luxembourg et non pour leur propre pays ; elle rétorque qu’elle ne connait guère les coulisses de sa sélection par RTL, affirmant avoir choisi la chanson avec l’accord de l’« état-major du pays du Luxembourg ».

Elle confiera par la suite que Claude François, resté en France, lui a annoncé la rupture de leur couple au téléphone juste après l’annonce de sa victoire, ce qui l’aurait déstabilisé alors qu’elle devait retourner sur scène interpréter la chanson : « Tu as gagné, mais tu m’as perdu. », lui aurait alors dit le chanteur. De plus, juste après avoir remporté le concours, France Gall est giflée dans les coulisses par Kathy Kirby, la représentante du Royaume-Uni, classée deuxième avec la chanson I Belong et persuadée de s’être fait voler la victoire alors qu’elle était la favorite de cette édition15. France Gall éclate en sanglots alors que la presse ne se rend pas compte de la situation, pensant qu’il s’agit de larmes de joie. Elle est alors bouleversée lorsqu’elle réinterprète la chanson à la fin de l’émission. Elle n’assiste pas à la conférence de presse du lendemain et rentre à Paris pour se réconcilier avec Claude François.

Elle part pour une tournée d’été de plusieurs mois sur les routes françaises avec le chapiteau du Cirque de France. Son frère Philippe a remplacé le bassiste de l’orchestre. Elle continue d’engranger des succès écrits par Gainsbourg : il y a Attends ou va-t’en puis, à la fin de l’année, Nous ne sommes pas des anges ainsi que L’Amérique du parolier Eddy Marnay et du compositeur Guy Magenta.

Le , elle est présente à la villa Louvigny à Luxembourg, au Grand Prix Eurovision de la chanson européenne 1966. Pour rappeler le vainqueur de l’année précédente, l’orchestre joue Poupée de cire, poupée de son. À la fin du morceau la caméra filme une vue d’ensemble de l’orchestre avant un gros plan sur France Gall. Au terme de la soirée, elle remet la médaille du Grand Prix à Udo Jürgens, le gagnant autrichien avec la chanson Merci, Chérie.

À la suite de cette collaboration avec la chanteuse, Serge Gainsbourg rend hommage à France Gall, en 1978, dans l’émission Numéro un, en confiant à son mari Michel Berger, que « France Gall m’a sauvé carrément la vie, puisque j’étais un marginal. En 1964, N’écoute pas les idoles, en 1965, l’Eurovision avec Poupée de cire, poupée de son et là, les portes se sont ouvertes. Maintenant, je ne suis plus un marginal mais c’est toi qui es avec France Gall ».

Nouvelles collaborations avec Gainsbourg

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L’année 1966 débute avec un nouveau tube de Gainsbourg, Baby pop, un texte que France Gall qualifie de « brutal », mais dont on n’écoute pas la noirceur des paroles chantées par cette adolescente de dix-huit ans.

France Gall figure sur la « photo du siècle » regroupant 46 vedettes françaises du yéyé en avril 1966.

En revanche, l’œuvre suivante de Gainsbourg, Les Sucettes, commentée par les propos appuyés de son auteur, déclenche un vent de scandale grandissant au fil des mois. Ce succès s’accorde mal avec les autres chansons naïves du même disque, telles que Je me marie en blancÇa me fait rire et Quand on est ensemble. D’autant plus que, parallèlement, dans le spectacle télévisé Viva Morandi, qui s’inscrit dans la mouvance psychanalytique du dernier film de Fellini, Juliette des esprits (1965), France incarne l’une des deux jeunes filles en fleurs, sorties des bouches d’ombre, qui troublent le yéyé italien Gianni Morandi à la recherche de l’amour. Elle est « La Grâce » qui chante Les Sucettes (précédée d’un écriteau spécifiant « Fantaisie ») aux côtés de Christine Lebail qui est « La Pureté ». Ces interprétations contradictoires des Sucettes déroutent et provoquent un malaise dont France Gall ne sort pas indemne quand elle comprend, trop tard, qu’elle a été manipulée dans un but médiatique. Ce qui lui fait dire : « Je n’aime pas susciter le scandale. J’aime qu’on m’aime. ».

Désormais, ses disques suivants, même expurgés de la signature gainsbourgienne, sont suspectés de visées bassement mercantiles. Ainsi, on lui reproche sa chanson Bonsoir John-John dédiée au fils de John Fitzgerald Kennedy, John Fitzgerald Kennedy, Jr. :

« — France Gall : En France, on m’est encore tombé dessus.
— Philippe Constantin : Ah ! Oui ! Accusée de nécrophilie… Braves ménagères françaises, si elles avaient vu, aux USA, les ravissants coquetiers à l’effigie de Kennedy, avec la trace des balles dessinées en rouge sur le support… »

Au début de l’année 1967, son duo avec Maurice Biraud, La Petite, évoquant une gamine convoitée par un ami du père, traîne ce disque vers le bas en éclipsant la poétique Néfertiti de Gainsbourg.

Son 45 tours suivant est enregistré avec l’orchestrateur David Whitaker, talentueux compositeur anglais. De nouveaux auteurs, Frank Thomas et Jean-Michel Rivat, associés au compositeur-chanteur Joe Dassin, ont écrit pour France Gall Bébé requin, succès qui occulte les autres titres. Teenie weenie boppie, chanson avec laquelle Gainsbourg signe une charge contre le LSD, fait un flop qui marque la fin de leur collaboration au moment où Gainsbourg diversifie ses productions pour France Gall, notamment avec leur duo consacré à la peine de mort, Qui se souvient de Caryl Chessman ?, qui n’est pas commercialisé.

Succès en Allemagne et déclin en France

Dès 1966, France Gall entame une carrière en Allemagne où elle enregistre régulièrement jusqu’en 1972 avec une équipe, notamment avec le compositeur et orchestrateur Werner Müller. Des vedettes comme Heinz Buchholz ou le compositeur de musiques de films Giorgio Moroder (Midnight ExpressTop Gun) lui écrivent Love, l’amour und liebe (1967), Hippie, hippie (1968), Ich liebe dich, so wie du bist (1969) et Mein Herz kann man nicht kaufen (1970). Quelques-uns de ses autres succès en allemand : Haifischbaby (Bébé requin)Die schönste Musik, die es gibtWas will ein Boy (1967), A Banda (Zwei Apfelsinen im Haar)Der Computer Nr. 3 (1968), Ein bißchen Goethe, ein bißchen BonaparteI Like Mozart (1969), Komm mit mir nach BahiaMiguel (1972).

En France, elle ne connait alors plus de succès discographique et son association avec Serge Gainsbourg ne fonctionne plus. Même certaines de ses chansons pour enfants enregistrées en 1966 ne lui épargnent pas des jugements peu amènes, car soupçonnées rétrospectivement d’être pernicieuses (Les Leçons particulières). Les mises en scène corrosives de Jean-Christophe Averty lui faisant commander un troupeau d’hommes à quatre pattes pour illustrer sa chanson enfantine J’ai retrouvé mon chien dans son émission télévisée Les Raisins verts, n’arrangent pas les choses, comme en témoigne France Gall dans Les Inrockuptibles : « Mon personnage s’est parfois retrouvé transformé par les gens avec lesquels je travaillais. Je pense notamment à une émission de télé où je chantais J’ai retrouvé mon chien. Jean-Christophe Averty avait imaginé une mise en scène ahurissante où j’étais debout, en jupette, avec trois laisses à la main et, au bout des laisses, il y avait des vieillards et des clochards à la place des chiens. Dans le monde prude de la télé de l’époque, ça a provoqué un scandale incroyable ! ».

Avec David Whitaker, elle enregistre un autre 45 tours avec une nouvelle œuvre du trio Thomas, Rivat et Dassin, Toi que je veux, mais cela ne fonctionne pas non plus. Les arrangements de bonne qualité, tels ceux de la Chanson indienne, composée par Whitaker, ne sauvent pas le disque. En 1968, elle retrouve son orchestrateur Alain Goraguer pour son nouveau disque. Les quatre titres, le jazzy Le Temps du tempo (paroles de Robert Gall et musique de Goraguer), le pop Dady da da (des paroles de Pierre Delanoë sur la musique composée par Michel Colombier pour l’indicatif du magazine TV Dim, Dam, Dom), le folk La Vieille Fille de Rivat et Dassin et le classique Allo ! Monsieur là-haut du compositeur Gérard Gustin avec des paroles écrites par le comédien Philippe Nicaud, sont balayés par Mai 68. Elle quitte alors Paris pour ne pas vivre ces événements :

« Ahlala, ce que j’ai pu avoir peur. Au début, je n’éprouvais qu’une certaine irritation. À cause des batailles du Quartier latin et des grèves, voilà que la sortie de mon nouveau super 45 tours était compromise. Moi qui avais tant travaillé pour qu’il soit réussi. Et à l’irritation a succédé la peur. Une peur carabinée. »

Ses chansons suivantes, malgré la sensuelle et délicate jazzy Y’a du soleil à vendre écrite par Robert Gall sur une musique d’Hubert Giraud ou les compositions de Dassin (24 / 36Souffler les bougies), ne suscitent pas d’intérêt. France Gall profite, fin 1968, de sa récente majorité, vingt et un ans à l’époque, et de l’échéance de son contrat chez Philips la même année pour voler de ses propres ailes en se séparant de Denis Bourgeois.

Elle enregistre début 1969 pour une nouvelle maison de disques, La Compagnie, née de l’association d’artistes comme Hugues Aufray, Nicole Croisille et Michel Colombier.

Avec La Compagnie et Norbert Saada comme producteur de musique et directeur artistique, France Gall commence une traversée du désert avec des enregistrements où le meilleur côtoie souvent le pire, sans qu’elle réussisse à trouver un style cohérent. Elle s’égare dès 1969 avec deux adaptations : l’une originaire d’Italie, L’Orage (La Pioggia), qu’elle défend pourtant avec Gigliola Cinquetti au festival de Sanremo 1969, et l’autre créée par la Britannique Barbara Ruskin, Les Années folles (Gentlemen Please). Elle se remémore cette époque lors d’un entretien accordé aux journalistes de Platine magazine en 1996:

« — Platine : Vous avez souffert de ce creux de la vague ?
— France Gall : Qu’est-ce que je n’étais pas bien ! C’est assez angoissant à vingt ans de ne pas avoir d’argent quand on en a eu beaucoup à seize.
— Platine : La Compagnie, c’était une galère ?
— France Gall : Galère, c’est le mot ! Hallucinant. Je suis même allée au festival de Sanremo défendre L’Orage avec Gigliola Cinquetti. Là, j’ai même chanté avec little Stevie Wonder. Je me souviens avoir été très mauvaise. »

En août 1969, Julien Clerc qui a le premier rôle dans la version française de la comédie musicale Hair, France Gall, spectatrice assidue, entre dans la vie de Julien Clerc. Mais France souffre de rester dans son ombre alors qu’elle est en pleine traversée du désert artistique et le quitte en 1974. Alors qu’il lui a écrit la chanson Chasse-neige, sa séparation avec France lui inspire Souffrir par toi n’est pas souffrir.

Le meilleur est ignoré, tels Les Gens bien élevés de Frank Gérald et Hubert Giraud et La Manille et la Révolution de Boris Bergman et Hubert Giraud et, en 1970, Zozoï, paroles de Robert Gall sur une musique du brésilien Nelson Angelo et Les Éléphants, paroles de Jean Schmitt et musique de Jean Géral. De plus, sa maison de disques La Compagnie fait faillite.

En 1971, elle est la première artiste à enregistrer en France pour le label américain Atlantic. Mais même avec des prestigieux auteurs comme Jacques Lanzmann et son C’est cela l’amour (sur une musique blues de Paul-Jean Borowsky — ex-Martin Circus) ou Étienne Roda-Gil et son Chasse-neige, cela ne fonctionne pas. France Gall se tourne alors à nouveau vers Gainsbourg. Il lui écrit, en 1972, Frankenstein et, sur une musique de Jean-Claude Vannier, Les Petits Ballons, qu’elle enregistre pour le label EMI-Pathé, mais cela ne fonctionne pas non plus. Elle travaille cette fois avec Jean-Michel Rivat comme directeur artistique et, malgré la maturité des textes de celui-ci, c’est encore le flop avec 5 minutes d’amour (1972) et Par plaisir ou Plus haut que moi (1973).

En 1971, elle participe avec son frère Patrice à un roman-photo que le magazine Télé Poche publie en huit épisodes, et qu’elle commente ainsi aux journalistes de Platine magazine : « Pour moi, ce roman-photo, c’était la déchéance. L’étape d’après aurait été de faire un film porno (rires) ».

Rencontre avec Michel Berger

Au printemps 1973, France Gall au volant de sa petite Austin, roule dans les rues de Paris. Son poste de radio allumé, elle entend, subjuguée, la chanson Attends-moi interprétée par Michel Berger. À l’occasion d’une émission de radio, elle lui demande s’il peut lui donner son avis à propos des chansons que son producteur voudrait lui faire enregistrer. Bien que Michel Berger soit déconcerté par la pauvreté des chansons proposées à France Gall, il n’est pas question pour lui d’une collaboration entre eux. Ce n’est que six mois plus tard, en 1974, qu’il accepte d’écrire pour elle, après qu’elle a fait une voix sur le titre Mon fils rira du rock’n’roll du nouvel album de Berger (Chansons pour une fan), et après que l’éditeur de Gall le lui a proposé. La chanteuse a déjà décidé : « Ce sera lui ou ce sera personne ».

C’est ainsi que naît en 1974 La Déclaration d’amour, premier succès d’une longue liste, et que la carrière de la chanteuse prend un nouvel essor :

« Premier disque, première chanson. J’attendais tellement de cette première fois que quand il m’a joué la chanson au piano, j’ai été… comment dire… un peu déçue. Je rêvais d’une chanson rythmique, et me voilà avec une sensuelle déclaration. Le jour du studio, j’étais un peu tendue. Après une ou deux prises, Michel était content. Dans la foulée, il me demande d’écrire un texte parlé sur l’ad lib de la fin comme si j’avais fait ça toute ma vie, écrire ! Il s’est rendu compte qu’il manquait un solo de guitare à deux heures du matin. Effondré, il ouvre la porte du studio et croise un guitariste qui travaillait à côté et qui rentrait chez lui. En un quart d’heure, la guitare de Jean-Pierre Castelain s’imprimait sur la bande seize-pistes où le piano de Michel, omniprésent, donne à lui seul le balancement bien particulier de cette chanson. Premier cadeau. Le public a été là tout de suite. »

Elle ajoutera à propos de cette rencontre décisive : « Ça a transformé mon existence, ma vie. Ça m’a apaisée ».

Le , après douze ans de carrière, paraît son premier album studio enregistré comme tel (les neuf précédents étant plutôt des compilations des titres parus en 45 tours), France Gall, enregistré en 1975. L’interprète s’entretient à ce sujet avec le journaliste Richard Cannavo : « C’est mon premier album ! C’est un truc énorme pour moi ». Richard Cannavo ajoute : « Ce premier album, c’est une manière d’effacer définitivement la France Gall des sixties : on est passé à autre chose. ».

Création familiale et musicale

Comme un cadeau prénuptial, Michel Berger consacre son Numéro un, diffusé le  sur TF1, à l’écriture d’une comédie musicale, Émilie ou la Petite Sirène 76, inspirée du célèbre conte d’Hans Christian Andersen et dont l’héroïne est, bien sûr, France Gall : « C’est la date de cette émission qui a déterminé la date de notre mariage un mois plus tard ». Il en reste un duo du couple, succès de l’été : Ça balance pas mal à Paris. Les deux artistes se marient effectivement le  à la mairie du 16e arrondissement de Paris. Par cette alliance, France Gall devient la belle-fille du professeur Jean Hamburger, membre de l’Académie française, et de la pianiste Annette Haas. Deux enfants naissent de cette union : Pauline Isabelle (Neuilly-sur-Seine,  – Paris,  morte de la mucoviscidose) et Raphaël Michel (Boulogne-Billancourt, ). Gall partage avec Berger ses années de travail et une vie familiale qu’elle privilégie.

Sous l’impulsion de Berger, elle reprend goût à la scène. En 1978, elle monte de nouveau sur les planches, celles du théâtre des Champs-Élysées (où elle avait auditionné quinze ans plus tôt), pour un spectacle intitulé Made in France. Outre le fait que les duettistes travestis brésiliens Les Étoiles assurent un intermède (contesté) en milieu de spectacle et que France Gall enchaîne avec eux sur la reprise d’une de ses chansons de 1973, Plus haut que moi (adaptation française de Maria vai com as outras, une bossa nova écrite, composée et interprétée à l’origine par les Brésiliens Vinícius de Moraes et Toquinho) ; une des originalités de ce spectacle est qu’il repose sur une formation exclusivement composée de femmes : à l’orchestre, aux chœurs et à la danse.

En 1979, c’est un spectacle inédit auquel France Gall participe dans le rôle de Cristal et qui restera dans les mémoires. L’opéra-rock Starmania est présenté pendant un mois au Palais des congrès de Paris. Composé par Michel Berger et écrit par l’auteur québécois Luc Plamondon, c’est une réussite, alors que ce genre musical ne rencontrait pas les faveurs des producteurs en France.

En 1982, durant plusieurs semaines à guichets fermés, France Gall investit le Palais des sports de Paris pour présenter un spectacle novateur sans paillettes et sans strass, mais haut en couleurs et en musiques électriques. C’est Tout pour la musique, dont le public reprend en chœur deux titres devenus depuis des standards de la chanson française : Résiste et Il jouait du piano debout.

Entre 1980 et 1985, elle est présente pendant 36 semaines au classement du Top album, avec ses albums Paris, France et Débranche ! ayant respectivement été no 1 pendant 11 et 24 semaines.

Musique et actions humanitaires

Les années 1980 sont celles des grandes actions humanitaires dont l’impulsion est donnée par des Anglo-Saxons et le tube de leur Band Aid. France Gall se joindra aux Chanteurs sans frontières, à l’initiative de Valérie Lagrange et sous l’égide de Renaud, pour offrir, en 1985, un SOS Éthiopie au profit du pays en question. Elle prend le relais du même Renaud, au nouveau Zénith de Paris, pour une série de concerts durant trois semaines. Elle y interprète, accompagnée par son public, de nouvelles chansons comme DébrancheHong-Kong StarPlus hautDiego libre dans sa tête et Cézanne peint.

Les années 1985 et 1986 voient France Gall avec Michel Berger, Richard Berry, Daniel Balavoine et Lionel Rotcage œuvrer notamment pour le Mali grâce à leur association Action Écoles. Ce sont des écoliers volontaires qui récolteront des denrées de première nécessité pour ces pays d’Afrique où sévit la famine et la sécheresse. Ainsi, des tonnes de nourriture et des pompes à eau seront expédiées sous l’œil vigilant des artistes.

À la suite de la mort accidentelle de Daniel Balavoine le , France Gall chante en 1987 le titre Évidemment, écrit par Berger, en hommage à leur ami disparu. Ce titre figure sur l’album Babacar. Dans cet album, figure également le titre Ella, elle l’a, hommage à la chanteuse de jazz Ella Fitzgerald, qui est resté en tête pendant quatre semaines en Allemagne, étant le cinquième single le plus vendu cette année-là et qui a eu encore plus de succès qu’en France. Lors d’un passage à Grenoble en octobre 1987, France Gall est abordée par un jeune fan de seize ans venant de participer à une émission de RTL consacrée à de jeunes talents. Elle décèle immédiatement les qualités du jeune Calogero et en parle à sa maison de production Apache. Calogero dira plus tard « qu’après l’avoir rencontrée, [il] étai[t] certain de réussir [s]on rêve ».

Suit un nouveau spectacle qui, du Zénith de Paris, part en tournée dans toute la France. C’est l’éblouissant Tour de France 88 mis en scène par Berger. France Gall, qui a déjà songé à arrêter sa carrière, est interviewée à cette occasion par Richard Cannavo :

« — Lorsque vous préparez un spectacle, vous vous dites que c’est peut-être le dernier ?
— Non, mais je me dis que je n’en offrirai plus des quantités, ça c’est sûr… Mais ce n’est pas le dernier, parce que le dernier ce sera Michel et moi. En attendant, vous n’imaginez pas combien je vais en profiter, de celui-là. Vous ne pouvez pas vous imaginer ! De chaque soir, de chaque seconde ; il faut que j’amasse un maximum, des émotions, des souvenirs, pour « après »… Parce que le jour où je m’arrêterai, ce sera quelque chose de très douloureux… Mais c’est une chose à laquelle je me prépare depuis des années déjà. Tant que je me sens proche de mon public, ça va. Mais un jour je m’arrêterai, c’est sûr. Je crois que ce qui sera plus fort que ma passion pour ce métier, c’est la crainte de tout gâcher. Parce que ce qui me fait peur surtout, c’est l’idée de ne pas me rendre compte que je vieillis, et que je ne parle plus le même langage. C’est ça qui me fera décrocher : lorsque je ne parlerai plus « leur » langage. Et je veux que ce soit par ma propre volonté, par-delà ma tristesse. »

Elle désire pourtant interrompre sa carrière après le succès de l’album Babacar et de la tournée consécutive — à la surprise de Michel Berger, qui lui en veut beaucoup sur le moment au point de se sentir trahi33.

Mort de Michel Berger

France Gall prend du recul et enregistre peu pendant les années qui suivent. Elle ne consent à reprendre le chemin des studios qu’à condition d’enregistrer un album avec Michel Berger. Elle s’investit comme jamais dans cette création à deux voix, pas tout à fait un duo ; l’album Double Jeu sort en juin 1992. France Gall et Michel Berger ont tourné ensemble le clip du titre-phare Laissez-passer les rêves. Ils annoncent une série de concerts dans des salles parisiennes comme La Cigale et Bercy.

L’été 1992, Michel Berger se repose aux côtés de son épouse dans sa propriété de Ramatuelle, dans le sud de la France, où il meurt le 2 août d’une crise cardiaque à la suite d’une partie de tennis avec Marie-Françoise Holtz.

Fabienne Thibeault, qui a collaboré avec l’artiste entre 1978 et 1979, considère que c’est l’enregistrement de l’album Double Jeu qui a épuisé Michel Berger en raison de désaccords artistiques avec France Gall, et que le supposé règlement de ses problèmes de couple avec l’avocat a engendré chez lui une grande anxiété.

Selon les confidences en 2012 de Franka Berger, la sœur de Michel Berger et de Bernard Saint-Paul, un proche collaborateur de Véronique Sanson, Michel Berger vivait une histoire sentimentale avec Béatrice Grimm, jeune mannequin et apprentie-chanteuse durant les mois précédant son décès en 1992, et projetait de s’installer avec elle dans une maison à Santa Monica. Grégoire Colard, l’agent de Michel Berger et de France Gall qui avait cessé de travailler pour eux en 1990, affirme que France Gall était parfaitement au courant de la liaison extraconjugale de son époux et qu’elle en parlait librement.

Hormis ces témoignages, aucun document ne permet de corroborer ces faits[réf. nécessaire]Ni Michel Berger ni France Gall ne se sont exprimés publiquement sur ces allégations. Par ailleurs, Serge Perathoner et Jannick Top, musiciens et proches collaborateurs de Michel Berger jusqu’à sa mort n’ont pas eu connaissance d’une liaison de l’artiste avec Béatrice Grimm.

Michel Berger est inhumé au cimetière de Montmartre à Paris, dans la 29e division. Après une bataille juridique l’opposant à Franka Berger (alors tutrice d’Annette Haas), France Gall obtient en octobre 1999 le transfert de la sépulture de Michel Berger dans la concession de Pauline située quelques mètres plus loin, et que la chanteuse fait transformer en maison de verre le 12 décembre 2012.

Le projet de concerts en duo est interrompu et France Gall assurera seule le spectacle et la tournée. En 1995, elle vit quelques mois à Los Angeles avec ses enfants.

Fin de carrière et comédie musicale Résiste

France Gall participe au spectacle des Enfoirés deux années consécutives : Les Enfoirés chantent Starmania le 26 février 1993 à la Grande halle de la Villette à Paris. Ce spectacle, réunissant 25 artistes (puis l’album sorti en octobre de la même année), est uniquement composé de chansons issues du spectacle musical Starmania. France Gall y interprète Un garçon pas comme les autres. Le 27 janvier 1994, elle fait partie des 28 artistes du spectacle Les Enfoirés au Grand Rex.

En 1996, elle est l’invitée d’honneur de l’émission Graines de stars, présentée par Laurent Boyer sur M6. Les candidats du télé-crochet, parmi lesquels se trouvent Nâdiya et Thierry Baumann, interprètent ses chansons.

Elle continue de se produire dans des concerts, dont l’Olympia en 1996, puis met fin à sa carrière de chanteuse en 1997. Approchée par Pascal Obispo, qui lui présente des compositions, elle ne donne pas suite. Les 12 et , elle fait deux apparitions sur la scène de l’Olympia, pour interpréter Quelque chose de Tennessee en duo avec Johnny Hallyday. C’est la dernière fois qu’elle chante sur scène. Elle n’apparaît quasiment plus dans les médias.

En septembre 2002, les participants à la deuxième saison de Star Academy font de la chanson Musique leur hymne qui figurera sur l’album Star Academy chante Michel Berger. Après avoir vu leur prestation lors du deuxième prime-time en direct sur TF1, France Gall se plaint de cette reprise à la production de l’émission. Les apprentis chanteurs se verront dans l’obligation de réenregistrer une nouvelle version. Elle refuse une participation au conte musical Le Soldat rose, présenté en 2006, que lui propose Louis Chedid pour le rôle finalement tenu par Vanessa Paradis.

Le , jour anniversaire des vingt ans de la mort de Michel Berger, la radio Europe 1 diffuse un entretien dans lequel France Gall annonce travailler à « l’écriture d’un spectacle musical autour de la musique de Michel, chantée par lui ou par [elle] ». Ce projet, qui répond selon elle « à une attente du public », consiste à « monter en spectacle, revivre les tournées même si [elle] ne va pas chanter », confie-t-elle lors de cet entretien. Début 2015, elle laisse toutefois planer le doute sur un éventuel retour à la chanson.

Écrite par France Gall et Bruck Dawit et mise en scène par Ladislas Chollat, Résiste est une comédie musicale rendant hommage à Michel Berger. France Gall supervise les répétitions. Le spectacle est présenté au Palais des sports de Paris du  au . Une tournée en France, en Belgique et en Suisse suit et s’achève le  au Zénith de Lille.

Fin de vie et mort

Le cancer du sein de France Gall, traité en 1993 et alors révélé au grand public, connaît une récidive en 2015.

Le , elle participe à la cérémonie des Globes de cristal, où son spectacle Résiste reçoit le prix de la meilleure comédie musicale ; il s’agit de sa dernière apparition publique.

Le , elle ne peut assister aux obsèques de Johnny Hallyday, ce qui alimente les rumeurs sur son état de santé. Dix jours plus tard, le 19 décembre, elle est admise en soins intensifs à l’hôpital américain de Neuilly pour une « infection pulmonaire sévère ». Elle y meurt le , à l’âge de 70 ans, des suites de la récidive de son cancer.

Le cercueil de France Gall est exposé au public au funérarium du Mont Valérien pendant deux jours. Ses obsèques civiles (sans office religieux) ont lieu le  au cimetière de Montmartre, « dans la plus grande intimité », selon le souhait de la famille et en présence de quelque 80 personnes, du cercle amical et familial. Carole Bouquet et Jacques Attali prennent la parole pendant la cérémonie. France Gall repose auprès de Michel Berger et de leur fille, Pauline.

Vie privée

En 1964, à l’âge de 17 ans, France Gall vit une histoire d’amour avec Claude François, qui est marié. Leur séparation définitive, en juillet 1967, inspire au chanteur les paroles de Comme d’habitude qui connaîtra un succès international, notamment dans sa version anglophone My Way. S’étant séparés en de mauvais termes, ils ne se revoient qu’en 1973 et chantent en duo dans une émission de télévision en septembre 1974. Elle vit avec le chanteur Julien Clerc de 1970 à 1974.

Sa collaboration avec Michel Berger, entamée en 1973, se mue progressivement en relation amoureuse. Ils se marient le  à Paris, à la mairie du 16e arrondissement. Ils ont deux enfants :

  • Pauline Isabelle, née le  et morte le  de la mucoviscidose ;
  • Raphaël Michel, né le .

Michel Berger meurt le , des suites d’un infarctus, alors qu’il passe ses vacances en famille dans sa résidence d’été à Ramatuelle. Quelques mois après ce drame, dont elle souffre énormément, elle se voit diagnostiquer un cancer du sein, dont elle est opérée avec succès le . Elle déclarera par la suite : « À l’annonce de la mort de Michel, j’ai ressenti une douleur dans le ventre, dans le corps, tellement forte, je me suis dit qu’elle devait ressortir d’une manière ou d’une autre. Mon cancer était la concrétisation de mon mal intérieur ».

Marquée par ce tragique événement, frappée par un cancer du sein puis par le décès de sa fille aînée Pauline des conséquences de la mucoviscidose, France Gall, si elle fait ensuite quelques apparitions sur la scène musicale (Bercy 1993Pleyel 1994Olympia 1996), est moins présente dans l’univers médiatique.

De 1995 à sa mort, elle partage sa vie avec Bruck Dawit, ancien collaborateur de Sting, Prince, The Rolling Stones ou Eric Clapton.

Elle se rend régulièrement à Dakar au Sénégal à partir de 1969. Elle fait construire une résidence dans l’île de N’Gor en 1990 ainsi qu’un restaurant et une école. Après s’être retirée du monde de la chanson, elle y vit six mois par an.

À Paris, elle a vécu avec Michel Berger dans la villa de Beauséjour (16e arrondissement)72. En 1986, le couple emménage dans un immeuble haussmannien près du parc Monceau (17e arrondissement), où ils passent le reste de leur vie. Dans les années 1970, ils acquièrent aussi la maison du Clos Saint-Nicolas, une résidence à Vasouy, près d’Honfleur (Normandie), qu’agrandit par la suite le frère architecte de Michel Berger. C’est ici que le chanteur aurait composé le tube Résiste. France Gall la délaisse en 1997 après la mort de sa fille, préférant se reposer au Sénégal.

Postérité

Elle refuse toute création de fan-club, n’encourage pas l’édition de biographies et ne signe jamais d’autographes. Elle déclare à ce sujet, en 1987 :

« Qu’il reste quelque chose de moi m’indiffère. Je ne suis pas comme ces personnalités politiques qui éprouvent le besoin de faire bâtir un monument afin de laisser une trace tangible de leur passage : moi, je ne construis que ma vie… »

En 2001, elle précise : « Je n’écrirai jamais d’autobiographie. Mon livre, c’était cet autoportrait que j’ai voulu le plus sincère possible » et, en 2004 : « Les chanteurs ne trichent pas. Chanter, ce n’est pas simplement aller chercher de l’air et le ressortir en mots et en notes. C’est donner, se livrer, s’exposer ».

Un destin sans cinéma

En 1965, une émission pour la télévision, réalisée par Jean-Christophe Averty et consacrée aux chansons de France Gall, est distribuée aux États-Unis. Gall est alors pressentie par Walt Disney pour incarner Alice dans une version musicale qu’il souhaite réaliser après avoir déjà fait Alice au pays des merveilles en dessin animé en 1951 et dont il n’est pas satisfait musicalement. C’est le seul projet cinématographique auquel elle répond favorablement, alors qu’elle a toujours demandé à son entourage de « l’empêcher de faire du cinéma ». Disney, déjà gravement malade, meurt le  et son idée disparaît avec lui.

Pourtant, en mars 1974, elle participe au téléfilm Notre correspondant à Madras réalisé par Jean-Pierre Spiero et diffusé sur la nouvelle troisième chaîne. Elle incarne la secrétaire lascive de Sacha Pitoëff dans cette courte fiction (25 min) d’une série expérimentale et ambitieuse voulue par la chaîne. Ce téléfilm et cette série ne laisseront pas un souvenir marquant dans l’histoire de la télévision française.

En 1988, elle refuse même un projet cinématographique de Michel Berger. C’est ce qu’elle confie à Christophe Nicolas sur Radio Nostalgie :

« — Christophe Nicolas : Après l’énorme succès de l’album Babacar en 87. […] Il voulait faire réaliser un film
— France Gall : C’était un film musical. […] J’ai refusé de faire ce film à la grande tristesse de Michel parce que je déteste jouer la comédie. J’aurais dû jouer la comédie, même si je devais chanter c’est quand même jouer la comédie. J’avais déjà du mal à tourner des clips de trois minutes, donc je me suis dit si je pars dans un film ça va être horrible, je vais être malheureuse. Voilà pourquoi ça ne s’est pas fait. »

En 1993-1994, naît l’idée d’une collaboration cinématographique avec son amie la scénariste Telsche Boorman, mais le projet s’éteint avec le décès de Telsche en février 1996.

En 1996, elle contacte Jean-Luc Godard, dont elle a notamment aimé le film Nouvelle Vague (1990), pour qu’il réalise le clip de sa chanson Plus haut à la suite de la sortie de son album France. Godard, qui, jusque-là, n’a jamais été sollicité pour tourner un clip, accepte. Ils mettent en boîte, dans les bureaux du cinéaste à Rolle (Suisse), un minifilm, car Godard, après avoir visionné de nombreux clips, lui a dit : « On ne va pas faire ça quand même, vous êtes d’accord. ». Cela aboutit au pictural et onirique Plus oh ! qui, après son unique diffusion le  sur M6, est interdit d’antenne, car Godard ne s’est pas acquitté de tous les droits d’auteur (voir l’album France, section « Autour de l’album »).

En 2012, dans l’émission télévisée d’Alessandra Sublet, C à vous, France Gall se rappelle avoir décliné l’offre du réalisateur Jean Herman pour interpréter, dans Adieu l’ami (sorti en 1968), le rôle de Dominique à cause d’une scène où elle aurait dû embrasser Alain Delon, car, à l’époque, elle avait une relation amoureuse avec Claude François.

En 2015, dans un entretien pour Gala, elle déclare s’être vue proposer de tourner pour Claude Chabrol et Robert Hossein.

Prises de position

En dehors de ses engagements humanitaires, France Gall s’est peu exprimée sur ses opinions politiques durant sa carrière.

Elle participe pour la première fois à un rassemblement politique en apparaissant à un meeting de François Mitterrand pour l’élection présidentielle de 1988.

En 2002, elle déclare : « Avec Michel je suis passée à gauche. […] J’ai voté Jospin, je n’ai rien à me reprocher. Au second tour, j’ai jeté les bulletins Le Pen sur le trottoir », évoquant l’élection présidentielle qui s’est tenue la même année.

Lors de l’élection présidentielle de 2007, elle affiche sa préférence pour Nicolas Sarkozy5. Lors de l’élection de 2012, elle choisit de soutenir François Hollande, déclarant : « J’avais voté Sarkozy à la présidentielle précédente, et donc pour la première fois à droite. Sans doute parce que je l’avais croisé dans le cadre de l’association Cœur de femmes que je défendais. Il a naturalisé vingt-cinq femmes qui venaient de la rue. Mais, l’an passé, j’ai voté Hollande parce que, ici, nous sommes une maison de gauche. »

En 2013, elle exprime ses doutes sur le projet de loi ayant autorisé le mariage homosexuel en France, mais déclare ensuite s’être mal exprimée : « À force de vouloir tout expliquer, je me suis mal exprimée. […] Et j’ai été mal comprise. […] Mes potes gays étaient furieux et stupéfaits. […] Donc je le dis clairement, je ne suis pas, absolument pas, contre le mariage pour tous, au contraire, je suis pour l’égalité des droits. »